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Hyacinthe et Apollon

Un jour où le soleil, au milieu de sa trajectoire, s’éloignait également du soir et du matin, Apollon et Hyacinthe quittent leurs vêtements, imprègnent leurs corps des sucs de l’olive et s’exercent tous deux au jeu du disque.

Apollon le premier lance le sien dans les airs ; il fend la nue, semble longtemps s’y perdre, retombe enfin sur la terre, prouvant du dieu l’adresse et la vigueur.

Soudain à l’ardeur du jeu te laissant emporter, imprudent Hyacinthe, tu t’élances pour saisir le disque bondissant ; la terre le repousse, il va frapper ton front. Tu pâlis et, comme toi, le dieu lui-même pâlit. Il soutient ton corps qui chancèle, il cherche à ranimer sa chaleur qui s’éteint. Il étanche le sang qui s’écoule, il exprime le suc des plantes pour retenir ton âme fugitive. Mais, hélas ! son art est impuissant. La blessure est mortelle.

Comme dans un jardin la violette, le pavot ou le lis, dont la tige fut blessée, languissent encore attachés à cette tige flétrie qui ne les soutient plus, inclinent leur tête, tombent et meurent sur l’herbe, tel Hyacinthe languit ; sa tête s’incline et retombe sur son épaule.

"Tu meurs, Hyacinthe, s’écrie Apollon ! tu péris moissonné dans ta fleur. Je vois ta blessure et mon crime. J’ai causé ta perte et tu causes ma douleur. On écrira sur ta tombe que ma main t’y précipita. Mais cependant quel est mon crime ? en est-ce un d’avoir joué avec toi ? en est-ce un de t’avoir aimé ? Que ne puis-je donner ma vie pour la tienne ou mourir avec toi ! Mais, puisque le Destin me retient sous sa loi, tu vivras dans ma mémoire, dans mes vers, sur ma lyre. Tu seras immortel par moi. Tu deviendras une fleur nouvelle. On lira sur tes feuilles le cri de ma douleur. Un temps viendra où un héros célèbre sera changé en une fleur semblable sur laquelle on lira les premières lettres de son nom".

Tandis que le dieu parle encore, le sang qui rougit l’herbe n’est plus du sang. C’est une fleur plus brillante que la pourpre de Tyr ; elle offre du lis et la forme et l’éclat. Mais le lis est argenté, et l’hyacinthe en diffère par la couleur. Apollon (car il fut l’auteur de cette métamorphose) trace lui-même sur l’hyacinthe le cri de ses regrets et ces lettres Aï, Aï restent gravées sur cette fleur.

de "LES MÉTAMORPHOSES", d’Ovide (adaptation d’Henry)

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